Licenciement pour inaptitude : 7 pièges à éviter pour le salarié

Un arrêt de travail qui s’éternise, un dos qui lâche après des années de manutention, un burn-out que l’on n’a pas vu venir… et soudain, le mot tombe : inaptitude. Beaucoup de salariés pensent alors

Hugo Lemoine

Rédigé par : Hugo Lemoine

Publié le : août 6, 2026


Un arrêt de travail qui s’éternise, un dos qui lâche après des années de manutention, un burn-out que l’on n’a pas vu venir… et soudain, le mot tombe : inaptitude. Beaucoup de salariés pensent alors que le plus simple est d’accepter un licenciement pour inaptitude pour tourner la page. Dans la pratique, c’est souvent là que commencent les ennuis. Procédure bancale, indemnités sous-évaluées, droits au chômage retardés, erreurs de droit du travail qui coûtent des mois de salaire : les pièges sont nombreux et touchent surtout ceux qui signent sans poser de questions.

L’enjeu est pourtant clair : ce type de rupture de contrat peut sécuriser un parcours si la procédure est respectée, ou au contraire fragiliser durablement la sécurité professionnelle du salarié si des étapes sont brûlées. Comprendre comment se déroule la procédure, distinguer une inaptitude liée au travail d’une maladie « classique », savoir quand contester, quand négocier et comment préparer la suite de sa carrière, tout cela fait la différence entre un dossier subi et une transition maîtrisée. Ce guide passe en revue les 7 principaux pièges, en langage clair, avec des exemples concrets et des chiffres.

En bref

  • Seul le médecin du travail peut déclarer une inaptitude ouvrant la voie à un licenciement, jamais le médecin traitant.
  • Reclassement obligatoire avant tout licenciement pour inaptitude, sauf mention expresse d’impossibilité dans l’avis médical.
  • Origine de l’inaptitude décisive : en cas d’accident du travail ou maladie professionnelle, l’indemnité de licenciement est au moins doublée.
  • Délai d’un mois après l’avis d’inaptitude : sans reclassement ni licenciement, l’employeur doit reprendre le paiement du salaire.
  • ARE et chômage accessibles, mais avec délais de carence et impact des indemnités supra-légales à anticiper.
  • Recours possibles : 15 jours pour contester l’avis médical, 12 mois pour contester le licenciement devant les prud’hommes.
  • Rebond professionnel faisable : bilan de compétences, RQTH, formations, accompagnement spécialisé pour reconstruire un projet.

Licenciement pour inaptitude et 7 pièges majeurs : bien comprendre le terrain de jeu

Au départ, l’histoire ressemble souvent à celle de Nadia, auxiliaire de vie. Après un arrêt long pour dépression, elle reprend avec une visite de reprise. Le médecin du travail rend un avis : « inaptitude au poste d’auxiliaire de vie, possibilité de reclassement sur poste administratif sédentaire ». Trois semaines plus tard, elle reçoit une lettre de licenciement pour inaptitude, sans proposition de reclassement. Elle se dit que c’est dans l’ordre des choses. En réalité, plusieurs droits ont été ignorés, et ses indemnités auraient dû être bien plus élevées.

Pour éviter ce genre de scénario, il faut déjà clarifier ce que recouvrent les mots « inaptitude » et « licenciement pour inaptitude » en droit du travail. L’inaptitude n’est pas un jugement sur la motivation ou les compétences. C’est un constat médical très encadré : le médecin du travail atteste que le salarié ne peut plus occuper son poste sans risque pour sa santé ou celle des autres, malgré d’éventuels aménagements. Sans cet avis écrit, tout licenciement présenté comme « pour inaptitude » repose sur du sable.

Un premier piège se loge d’ailleurs ici : confondre inaptitude médicale et inaptitude « professionnelle ». Quand un manager explique à un collaborateur qu’il est « inapte » parce qu’il ne tient pas les objectifs commerciaux, on ne parle pas du tout d’inaptitude au sens juridique. On est sur un terrain de performance, qui relève éventuellement d’un licenciement pour insuffisance professionnelle, mais pas du tout de la même procédure ni des mêmes droits. Mélanger les deux aboutit souvent à des licenciements contestables.

Autre point clé, trop souvent zappé : l’origine de l’inaptitude. Si elle fait suite à un accident du travail ou à une maladie professionnelle reconnue, les règles changent fortement. L’indemnité de licenciement est au moins doublée par rapport à l’indemnité légale, le préavis est payé même s’il n’est pas exécuté, et la protection contre les erreurs de procédure est renforcée. Beaucoup de salariés ne prennent pas le temps de faire reconnaître l’origine professionnelle d’une pathologie, et perdent des milliers d’euros à la sortie.

On pourrait s’arrêter à ces grandes lignes, mais ce serait passer à côté de la vérité du terrain : la plupart des litiges naissent de détails ignorés. Un délai non respecté, un avis incomplet, une absence de consultation du CSE, une lettre de licenciement trop vague… C’est ce maillage fin qui explique que le licenciement pour inaptitude représente une part significative des contentieux aux prud’hommes. Comprendre les 7 pièges les plus fréquents, c’est se donner une vraie marge de manoeuvre au moment où la santé fragilise déjà assez les choses.

Dans la suite, chaque piège sera relié à un moment précis de la vie du dossier : la procédure médicale, la recherche de reclassement, le calcul des indemnités, les délais de recours, la négociation éventuelle et la reconstruction du projet professionnel. L’objectif est simple : transformer un parcours souvent subi en séquence pilotée, où l’on fait des choix en connaissance de cause.

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Piège n°1 du licenciement pour inaptitude : négliger la visite de reprise et l’avis du médecin du travail

Tout commence par la médecine du travail. Sans avis d’inaptitude, pas de licenciement pour inaptitude valable. Le premier piège consiste à prendre cette étape à la légère, comme une simple formalité médicale. En réalité, c’est là que se joue une large partie des droits futurs. La visite de reprise doit être organisée après certains arrêts : au moins 30 jours d’arrêt maladie, un accident du travail, une maladie professionnelle, un congé maternité. Tant qu’elle n’a pas eu lieu, le contrat de travail reste suspendu et l’employeur ne peut pas licencier pour inaptitude.

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Lors de cette visite, le médecin ne se contente pas de mesurer la tension. Il discute du poste, des contraintes physiques et psychiques, des aménagements possibles. L’avis final peut être une aptitude, une aptitude avec réserves, ou une inaptitude. Depuis plusieurs années, un seul examen peut suffire, même si le médecin peut décider d’en prévoir un second dans les 15 jours. L’avis doit préciser si le salarié peut être reclassé et dans quelles conditions. Cette petite phrase sur les possibilités de reclassement est déterminante.

Un cas concret aide à mesurer l’impact. Julien, cariste, revient après un accident du genou. Le médecin du travail note : « inapte au poste de cariste, apte à un poste administratif assis à temps partiel ». Si, derrière, l’employeur se contente de le licencier sans rien proposer, la procédure est bancale. Les juges regarderont l’avis, constateront que le médecin parlait de reclassement possible, et sanctionneront la rupture de contrat. À l’inverse, si l’avis dit noir sur blanc « tout maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à la santé du salarié », l’employeur est largement dispensé de chercher un reclassement.

Autre piège classique : se fier au seul médecin traitant. Un certificat du généraliste indiquant « inapte à son poste » n’a aucune valeur pour déclencher un licenciement pour inaptitude. L’employeur qui licencie sur cette base se place sur une pente glissante, et le salarié qui l’accepte perd une protection importante. Pour être clair, seul le médecin du travail déclenche la mécanique juridique de l’inaptitude.

Enfin, beaucoup ignorent le délai de recours de 15 jours contre l’avis. Ce délai court à compter de la notification de l’avis et permet de saisir le conseil de prud’hommes, souvent via sa formation de référé. Quand un salarié lit un avis très lapidaire, sans explications ou manifestement incohérent avec sa situation, ce recours peut changer la suite du dossier. Un médecin expert pourra être désigné, avec à la clé une confirmation ou une révision de l’avis initial.

Au bout du compte, traiter la visite de reprise comme un simple passage obligé revient à jouer à pile ou face avec ses droits. S’y préparer, apporter les bons éléments médicaux, poser des questions au médecin et connaître la possibilité de recours, c’est fermer la porte à ce premier grand piège.

Piège n°2 du licenciement pour inaptitude : oublier l’obligation de reclassement et ses subtilités

Une fois l’inaptitude constatée, beaucoup imaginent que le licenciement est automatique. C’est faux. Le Code du travail impose à l’employeur une étape intermédiaire qui est, de loin, la plus sensible : la recherche de reclassement. Avant toute rupture de contrat, l’entreprise doit chercher un poste compatible avec l’état de santé, en tenant compte des indications du médecin du travail. Et pas uniquement dans le service, mais dans l’ensemble de l’entreprise, voire du groupe.

Dans les faits, trois erreurs reviennent souvent. Première erreur, se contenter de dire « nous n’avons aucun poste ». Sans inventaire des postes, sans mails envoyés aux autres établissements, sans consultation du CSE, cette affirmation n’emporte pas la conviction. Les prud’hommes demandent des preuves écrites d’une recherche active. Deuxième erreur, proposer un poste manifestement inadapté aux limitations médicales, par exemple un poste debout à temps plein à une personne à qui l’on a interdit la station debout prolongée. Troisième erreur, utiliser un poste de reclassement dégradé uniquement pour pousser au refus, en proposant par exemple un travail très éloigné du domicile sans justification.

Pour un salarié, le piège consiste à croire que toute proposition doit être acceptée sous peine de perdre ses droits. Ce n’est pas le cas. Il est possible de refuser un reclassement qui entraîne un changement trop important de contrat (par exemple un passage de jour à nuit, un temps plein à temps très partiel, ou une baisse significative de responsabilités), ou qui ne respecte pas les préconisations médicales. En revanche, refuser systématiquement des propositions raisonnables peut fragiliser une contestation ultérieure.

Le contexte change encore en cas d’inaptitude d’origine professionnelle, après un accident du travail ou une maladie professionnelle reconnue. L’obligation de reclassement y est renforcée, et les erreurs sont examinées à la loupe. Ne pas consulter le CSE, ne pas explorer les possibilités dans les autres entités du groupe ou ignorer les aides au maintien dans l’emploi financées par l’Assurance maladie ou l’AGEFIPH peut tourner au casse-tête juridique. Plusieurs décisions ont déjà requalifié ce type de licenciement en licenciement nul, avec à la clé réintégration ou indemnités importantes.

Pour visualiser les différences de traitement selon l’origine de l’inaptitude, le tableau suivant donne un aperçu synthétique.

Élément clé Inaptitude non professionnelle Inaptitude d’origine professionnelle (AT/MP)
Obligation de reclassement Oui, mais possibilité de dispense si impossibilité mentionnée par le médecin Oui, contrôle renforcé, juges plus stricts en cas d’erreur
Indemnité de licenciement Indemnité légale ou conventionnelle classique Indemnité au moins doublée par rapport à la légale
Préavis En principe non exécuté et non payé, sauf dispositions plus favorables Préavis payé comme si le salarié l’avait effectué
Risque en cas d’erreur Licenciement sans cause réelle et sérieuse (dommages-intérêts barème Macron) Risque de licenciement nul + éventuelle faute inexcusable de l’employeur

En filigrane, une idée se détache : tant que la question du reclassement n’est pas traitée sérieusement, la procédure reste fragile. Pour un salarié, demander par écrit quelles recherches ont été menées, quels postes ont été examinés, et éventuellement saisir les représentants du personnel, permet souvent de lever des zones d’ombre. Pour un employeur, documenter chaque étape et conserver les preuves devient une assurance prud’homale.

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Au passage, ce blocage sur le reclassement explique aussi pourquoi certaines entreprises poussent plutôt à une rupture conventionnelle. C’est parfois intéressant, notamment pour éviter un conflit lourd, mais cela peut aussi faire perdre certains droits renforcés en cas d’AT/MP. Avant de signer, un détour par un contenu dédié aux droits au chômage en cas de rupture du contrat de travail aide à comparer les scénarios. La bonne décision, ici, dépend vraiment du contexte de santé et de l’historique dans l’entreprise.

Piège n°3 du licenciement pour inaptitude : sous-estimer indemnités, préavis et délais de chômage

Après des mois d’arrêt, l’attention se focalise souvent sur un seul chiffre : le montant du chèque reçu au moment de la rupture de contrat. Pourtant, pour un salarié déclaré inapte, trois éléments financiers se combinent et peuvent changer fortement la situation sur 6 à 12 mois : l’indemnité de licenciement, le sort du préavis et les délais avant le début de l’allocation chômage (ARE). Mal les anticiper revient à organiser, malgré soi, une période de précarité.

Pour l’indemnité, la formule de base ressemble à celle d’un licenciement classique. On part d’un salaire de référence, calculé de deux façons, en retenant le plus favorable : soit 1/12 de la rémunération brute des 12 derniers mois, soit 1/3 de la rémunération brute des 3 derniers mois (en intégrant les primes). Ensuite, on applique le barème légal : 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à 10 ans, puis 1/3 au-delà. À cela peuvent s’ajouter des dispositions plus généreuses prévues par la convention collective.

Une fois ce montant déterminé, l’origine de l’inaptitude rebat les cartes. Pour une inaptitude liée à un accident du travail ou une maladie professionnelle, l’indemnité de licenciement est au moins doublée. Autrement dit, un salarié qui aurait eu droit à 6 000 euros dans un licenciement classique peut espérer environ 12 000 euros si son inaptitude découle d’un accident du travail reconnu. Certaines branches ajoutent encore des compléments. L’enjeu pratique est évident : faire reconnaître ou non l’origine professionnelle peut faire varier la somme finale de plusieurs mois de salaire.

Le sujet du préavis crée aussi beaucoup d’incompréhensions. En cas d’inaptitude non professionnelle, le salarié ne réalise pas son préavis et ne touche généralement pas l’indemnité compensatrice de préavis, sauf disposition plus favorable de la convention collective ou usage dans l’entreprise. En revanche, en cas d’inaptitude d’origine professionnelle, le préavis est payé, comme s’il avait été exécuté, même si le salarié n’est plus en mesure de travailler. Cette indemnité de préavis s’ajoute à l’indemnité de licenciement, ce qui augmente d’autant le capital de départ.

Reste le sujet des droits au chômage. Un licenciement pour inaptitude ouvre bien droit à l’ARE, sous réserve de remplir les conditions de durée d’activité. L’erreur consiste à croire que le versement commence immédiatement. En réalité, il y a d’abord un délai d’attente de 7 jours, auquel peut s’ajouter un différé lié aux indemnités supra-légales. Les indemnités légales n’allongent pas ce différé, mais les compléments négociés, eux, le peuvent. Pour quelqu’un qui a négocié une grosse enveloppe, il peut donc y avoir plusieurs semaines, voire quelques mois, sans ARE.

À cette étape, un minimum de planification financière devient précieux. Certains choisissent par exemple de lisser leurs dépenses sur les premiers mois, le temps que les allocations se mettent en place. D’autres profitent de ce laps de temps pour s’informer sur les démarches auprès de France Travail, en consultant par exemple un guide comme les démarches pour s’inscrire et gérer ses droits chômage. Ce n’est pas la partie la plus agréable du dossier, mais c’est souvent celle qui évite de devoir accepter un job de dépannage trop vite.

En résumé, voir plus loin que le seul montant inscrit dans la lettre de licenciement, c’est se donner une vision réaliste de sa marge de manoeuvre. Entre une inaptitude reconnue comme professionnelle, un préavis payé et des indemnités correctement calculées, l’atterrissage financier peut être nettement plus doux.

Piège n°4 du licenciement pour inaptitude : subir la procédure sans utiliser les leviers de contestation ou de négociation

Beaucoup de salariés vivent la procédure d’inaptitude comme une suite d’évènements décidés par d’autres : médecin du travail, RH, direction. Pourtant, à chaque étape ou presque, il existe des leviers d’action. Le piège consiste à les laisser passer, soit par fatigue, soit parce que l’on ignore leur existence. Au final, c’est souvent au moment où la lettre de licenciement tombe que l’on se réveille, alors que les marges de manœuvre les plus fortes étaient en amont.

Premier levier, déjà évoqué : le recours contre l’avis d’inaptitude. Ce recours n’est pas réservé aux cas spectaculaires. Il peut se justifier lorsque l’avis paraît très incomplet, ou lorsqu’il n’a visiblement pas tenu compte des réalités du poste. Saisir le conseil de prud’hommes en référé dans les 15 jours, c’est demander un regard extérieur sur le diagnostic porté par le médecin du travail. En pratique, ce recours reste utilisé de manière assez marginale, alors que certains dossiers seraient nettement renforcés par une expertise indépendante.

Deuxième levier, la contestation du licenciement lui-même. Le délai est ici plus large, 12 mois à compter de la notification de la rupture. Les prud’hommes regardent alors la globalité du dossier : sérieux de la recherche de reclassement, respect des délais, calcul des indemnités, mention de l’origine de l’inaptitude. Quand la procédure est mal menée, la requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse permet d’obtenir des dommages-intérêts, calculés selon un barème qui tient compte de l’ancienneté.

La voie contentieuse n’est pas le seul chemin. Il existe aussi des marges de négociation. Dans certains cas, les deux parties préfèrent sécuriser l’avenir sans s’engager dans un procès long et incertain. On voit alors apparaître des transactions, conclues après le licenciement. L’idée est simple : l’employeur verse une indemnité complémentaire, le salarié renonce à engager ou poursuivre une action prud’homale. Le montant doit être cohérent avec les risques juridiques identifiés. Une transaction très faible dans un dossier fragile n’a guère d’intérêt pour le salarié.

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Autre option, utilisée parfois en amont : la rupture conventionnelle. Elle ne se cumule pas avec un licenciement pour inaptitude, mais peut être envisagée quand l’inaptitude n’est pas encore actée, ou lorsque la santé rend le retour durablement impossible sans que la procédure d’inaptitude soit lancée. Cette solution permet de négocier des indemnités supra-légales et d’accéder à l’ARE. Elle demande toutefois une vigilance renforcée en cas de pathologie liée au travail : accepter une rupture conventionnelle peut alors faire perdre le bénéfice des protections spécifiques d’un licenciement pour inaptitude d’origine professionnelle.

Dans cette jungle de choix, se faire épauler change beaucoup de choses. Défenseurs syndicaux, avocats en droit social, associations de victimes d’AT/MP, médecins conseils peuvent aider à décoder les enjeux et à évaluer les risques. Certains salariés utilisent aussi cette période pour réfléchir plus largement à leur orientation, en passant par exemple par un outil de type test d’orientation métier avant de s’engager dans une formation longue. L’idée n’est pas de judiciariser systématiquement chaque dossier, mais de ne pas se priver de leviers utiles lorsqu’ils existent.

En fin de compte, laisser la procédure filer sans jamais lever la main, c’est accepter que d’autres décident de tout. S’informer sur les différents recours, poser des questions, envisager une négociation, c’est déjà reprendre une part de contrôle à un moment où tout semble vaciller.

Piège n°5 du licenciement pour inaptitude : penser que la carrière est finie et négliger la reconstruction professionnelle

Le dernier piège est plus discret, mais pas moins redoutable. Une fois le licenciement pour inaptitude prononcé, beaucoup ont le sentiment d’un clap de fin. Surtout lorsque l’inaptitude touche un métier très physique, exercé depuis des années. Pourtant, dans les accompagnements de reconversion, on voit régulièrement des trajectoires qui repartent sur de nouvelles bases. Le moment est rude, mais il peut aussi servir de point d’appui pour repenser son projet.

Le premier réflexe consiste à faire un état des lieux honnête de ses capacités actuelles, de ses envies et de ses contraintes. C’est précisément le rôle du bilan de compétences. Finançable par le CPF, il permet, sur plusieurs semaines, de clarifier ses intérêts, ses aptitudes transférables et les secteurs accessibles compte tenu de l’état de santé. Pour quelqu’un qui ne peut plus porter de charges, mais qui a des années d’expérience en logistique, des postes de planification, de gestion de stocks ou de relation client sont parfois accessibles après une formation ciblée.

Parallèlement, les dispositifs liés au handicap jouent un rôle clé. Faire reconnaître une RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) peut ouvrir l’accès à des aménagements de poste, à des formations financées, à des aides à la création d’entreprise ou à un accompagnement renforcé. Des organismes comme l’AGEFIPH soutiennent financièrement des projets de reconversion ou d’adaptation de poste, avec parfois des solutions techniques auxquelles personne ne pensait au départ.

Pour ceux qui envisagent une formation longue dans un autre domaine, le CPF de transition professionnelle reste un levier intéressant. Il permet, sous conditions, de suivre une formation certifiante tout en bénéficiant d’une rémunération calculée sur la base de l’ancien salaire. Beaucoup de reconversions vers des métiers moins physiques (administratif, numérique, relation client, accompagnement social) passent par ce canal, à condition d’anticiper les délais de montage du dossier.

Une fois la phase de rupture de contrat passée, il est utile de se fixer une petite feuille de route. Par exemple :

  • Dans le mois suivant le licenciement, finaliser l’inscription à France Travail, mettre à jour son CV et prendre un premier rendez-vous d’orientation.
  • Sur 2 à 3 mois, lancer éventuellement une demande de RQTH, entamer un bilan de compétences et explorer les pistes de formation courte.
  • Sur 6 à 12 mois, affiner un projet de reconversion concret, vérifier les financements possibles et candidater à des formations ou des postes adaptés.

Ce calendrier n’a rien d’obligatoire, mais il évite que les semaines passent sans cap clair. Les conseillers en évolution professionnelle, financés par les régions, peuvent d’ailleurs accompagner gratuitement cette démarche. Certains salariés choisissent aussi de s’appuyer sur des réseaux associatifs ou des groupes d’entraide liés à leur pathologie, qui partagent des retours d’expérience utiles sur les métiers compatibles.

Au bout du compte, l’inaptitude n’est pas un verdict définitif sur une carrière, mais un signal fort que quelque chose doit changer. C’est inconfortable, bien sûr. C’est aussi parfois l’occasion de sortir de métiers usants, de valoriser des compétences sous-exploitées, ou d’oser des voies que l’on repoussait depuis des années. Ceux qui prennent le temps de structurer cette phase de rebond réduisent nettement le risque de s’enfermer dans une succession de petits boulots subis, loin de toute stratégie.

Un licenciement pour inaptitude donne-t-il toujours droit au chômage ?

Oui, le licenciement pour inaptitude est considéré comme une perte involontaire d’emploi et ouvre l’accès à l’ARE, sous réserve de remplir les conditions habituelles de durée de travail et d’inscription auprès de France Travail. Il faut toutefois tenir compte du délai d’attente de 7 jours et d’un éventuel différé lié aux indemnités supra-légales.

Peut-on refuser un poste de reclassement proposé après une inaptitude ?

Le salarié peut refuser un reclassement si le poste proposé ne respecte pas les préconisations du médecin du travail, modifie trop fortement le contrat (horaires, rémunération, lieu) ou présente des conditions manifestement dégradées. Ce refus n’enlève pas le droit aux indemnités de licenciement, mais il sera pris en compte si le licenciement est ensuite contesté.

Que faire si l’employeur ne licencie pas et ne reclassse pas dans le mois ?

Si, un mois après l’avis d’inaptitude, aucun reclassement ni licenciement n’est intervenu, l’employeur doit reprendre le paiement du salaire correspondant à l’emploi occupé avant l’arrêt. Cette obligation dure jusqu’à la rupture du contrat ou jusqu’au reclassement effectif. En cas de non-paiement, un recours prud’homal permet de réclamer les salaires dus.

Comment vérifier si l’inaptitude est bien liée au travail ?

Pour établir le caractère professionnel de l’inaptitude, il faut déclarer l’accident ou la maladie auprès de la CPAM, suivre la procédure de reconnaissance AT/MP et conserver tous les documents médicaux. Une fois la reconnaissance obtenue, l’avis d’inaptitude du médecin du travail doit mentionner le lien avec l’accident du travail ou la maladie professionnelle, ce qui déclenche les droits renforcés.

Un salarié déclaré inapte peut-il retravailler plus tard ?

Oui, une inaptitude vise un poste précis dans une situation donnée. Elle n’interdit pas d’occuper un autre emploi compatible avec l’état de santé, dans la même entreprise ou ailleurs. Après un temps de soin et éventuellement une reconversion, beaucoup de salariés retrouvent un poste adapté, parfois dans un autre secteur ou sur des fonctions moins physiques.

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